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24 novembre 2005 4 24 /11 /novembre /2005 00:50
 Israel Kamakawiwo Ole'Pili Me Ka'U Manu


Voici quelques impressions que j’ai écrites quand j’étais sur ma petite île dans le pacifique et que j’avais tapées peu après sous le coup de mon enthousiasme… Les voici en vrac, en commentaire des photos de Tikehau.




Messieurs dames, comment vous dire… J’attaque ma deuxième semaine à Tikehau, petit atoll de trente kilomètre de diamètre dans l’archipel des Tuamotu… Et ce soir je suis allé, attention, à l’hôtel Pearl (ou Palm) Beach Resort…

Comment vous dire, c’est un petit hôtel du style bungalow sur lagon à 300€ la nuit en classe éco. Evidemment pour m’inviter par téléphone j’avais commencé par dire qu’on serait plusieurs, car ils acceptent mais sélectionnent un peu les touristes qui viennent hors séjour. Comme je suis seul et en tongs ils sont un peu déçus. Evidemment, il ne se passe pas grand-chose ici alors je suis au bar et ne suis plus à mon premier verre, ma clairvoyance se trouble, occasion unique d’observer d’un œil lucide cette classe aisée et dominante que l’on pourrait qualifier d’internationale (Américains, Italiens Français, N. Zealandais…) et qui est tellement bien isolée ici sur ce petit atoll. Pour conserver l’authenticité de la démarche je m’engage à ne rien changer par la suite en tapant ce texte sur PC.

L’hôtel est construit sur un motu seulement accessible par bateaux, groupe électrogène et dessalinisateurs autonomes (pour la piscine…). Séjour type du touriste moyen : Sortir de l’avion, sourire quand on vous passe le collier de fleurs au cou, puit trajet sur la seule piste cimentée de l’île reliant l’aéroport à la jetée plus 5m supplémentaires à chaque carrefour (authentique), puis navette jusqu’à l’hôtel. A l’hôtel, motu sans sable, les allées sont cimentées pour ne pas abîmer les chaussures, cocotiers sans cocos, au cas où ça vous tombe dessus et baignade sans sel dans un des plus beaux lagons du monde. Uniforme du grand monde standard, robes de soirée et fringues hyper chics… Le mieux c’est d’assister à l’arrivée au resto, deux par couple (ou le contraire), pour les jeunes fessier fitness (ou bistouri en fonction de la provenance) et minijupe calibrée 3/5e de cuisses pour les femmes, brushing et petits souliers pour ces messieurs.

Je pense sincèrement que nombre d’entre eux auraient certainement l’air très heureux si on leur ôtait cet ustensile de ménage bien connu qu’ils semblent avoir dans l’cul… J’exagère un peu, il y a tout de même quelques aventuriers qui arborent la fleur de tiaré local sur l’oreille. Great. Les polynésiens ont raison, ils misent sur le tourisme de luxe, peu de visiteurs mais beaucoup de devises. Les touristes de luxe ont raison, les polynésiens sont foncièrement accueillants et ici pas de plèbe pour les perturber ou leur chourer leur sac à main. Tout va pour le mieux, mais alors ils récoltent la crème des crèmes, et je vous épargne les dialogues. Remémorez vous ce que vous pouvez entendre de la bouche de ce genre de personnages sur la fracture sociale par exemple… C’est du Coluche (sauf que lui faisait exprès)… Alors essayez d’imaginer les remarques qu’ils peuvent faire aux habitants locaux sur ce qu’ils ont vu, sur le mode de vie, sur les coutumes, sur leur propre vie… C’est stupéfiant, vous êtes très loin du compte, c’est ééénnnnooorrrmmmee (à prononcer à la Luchini !!). Je me régale.

Cela dit le personnel reste très sympa, aux petits soins, exagérément attentionnés, genre biz biz et comment vous allez depuis la dernière fois… (avec des fleurs et des p’tits cœurs autour). Ca sent un peu le faux mais tout le monde joue le jeu, mais pour moi je découvre alors je suis surpris. Quelques riches polynésiens, « chinois » comme ils disent ici, se la jouent grand train avec apéro bouteille de champagne et compagnie, mais leur langage et leurs manières restent très populaires alors les gens autour ont un petit regard méprisant pour ces nouveaux riches en T shirt « Air Tahiti ». Au moins sont ils natures.

Je ne parle même pas de moi, OVNI dans le décor. Ils sont pros, je suis tout de même traité avec égards, ces faux égards. Je rigole, ce soir je suis écrivain, je raconte longuement au serveur le sujet de mon « roman exotique » et les amours des îles, genre M. Brando à Tahiti dans les années 50. Dans le doute ils sont rassurés, ne dit on pas que les artistes ont toujours l’air louche, et de toute façon je consomme. Comme je ne mange pas, j’ai droit à trois sets d’apéro… copieux. Ce soir je suis Mary H. Clark en rasé, en short et en tongs Carrefour dans ce théâtre tahitien.

Bon assez de médisances, je suis tout de même un peu jaloux des couples en lune de miel qui retournent se pelot(on)er dans leurs bungalows. J’espère juste qu’ils ne font pas l’amour comme ils se tiennent au restaurant car ça manquerait un peu d’imagination et de Rock & Roll… Je ne peux pas tout raconter, il faut voir tout ce petit monde, les écouter parler autour du bar circulaire auquel je fais cercle… Puisse ma bonne étoile me préserver toujours de m’ennuyer assez un jour pour venir passer mes vacances ici.

Si vous allez à Tikehau un jour, préférez les petites pensions au village. Vraiment excellent, j’y suis depuis une dizaine de jours, vous pouvez aller voir les photos… Je suis dans une famille sympa, tout seul. Le patriarche est l’agent de police local… et pasteur de l’Eglise de Jesus Christ ou sanitos (Kansas city), branche dissidente des Saints des Derniers jours (Mormons, S. L. City), si j’ai bien compris mais je peux ma tromper. Tikehau, 400 habitants, 7 églises d’obédiences différentes. Curieusement, ma première rencontre avec nombre d’habitants s’est faite à l’église. Les différentes églises s’étaient rassemblées pour fêter la fête des pères, et j’ai été invité le lendemain de mon arrivée. En fait c’était excellent, tout en musique et chants, en couronnes de fleurs et couleurs et, par chance, tout en Tahitien, donc je ne comprenais pas et ça gardait donc la magie des « paroles d’évangiles » au sens figuré. Plusieurs heures de chants, avec l’exaltation commune qui monte petit à petit, entraînée par la musique. Jusqu’à ce que la majorité des gens ne s’emporte complètement. Ce qui repousse largement le festin prévu en fin de soirée. Les gens viennent me voir, craignent que je ne m’ennuie ; tout au contraire, je me laisse très vite emporté par  la musique et essaie de profiter au maximum de cette chance.

Cette fête des pères était une occasion de célébrer la mémoire des anciens, avec les « témoignages »  de personnes qui racontaient leur éducation et les raisons pour lesquelles ils éprouvent du respect pour les aïeux. Discours très solennels, surtout de la part des différents prêtres présents. Dans ma vision, ces événements et les églises remplacent les anciens mécanismes de régulation sociale qui pouvaient être dans ces îles certainement sous régimes de chefferies ou de notables, avec conseil des anciens et garants de la culture Maho’i. Après nombre d’années de démontage et de négation forcée de la culture traditionnelle (par les missionnaires jusque ans les années 1970), j'imagine le culte come un prétexte pour tenter de refaire passer les messages nécessaires à la cohabitation de 400 personnes sur un motu dans l’Océan Pacifique. Classes pour les jeunes, avec explication de ce qui est ou n’est pas « bon », activités musique et danse… « Dire aux jeunes qu’il ne faut pas boire tous les soirs »… Etc. J’en oublierai presque que je suis à l’église ; sauf que quand je demande qui est cet homme en costard cravate sur une photo pendue aux décorations de feuilles de coco tressées et piquées de fleurs, la réponse fuse, convaincue : « notre prophète ». J’en avais presque oubliée que ce genre d’église « entreprise », fruit d’un prosélytisme forcené ramasse la caisse (en partie) à la fin de la quête. La régulation sociale est de nos jours un service privé lucratif où la concurrence est rude entre fournisseurs d’accès haut débit garanti au paradis ou salvation des derniers jours. Serait il raisonnable de confier en mains propres à chaque individu sa destinée  et ses responsabilités ? En tout cas, heureux ceux qui ont cette chance de ne s’en remettre qu’à eux même.

Je m’égare… c’est le muscadet en mélange… Que reprocher aux polynésiens ? Les changements ont été brusques ici, et les modes de vie un peu bousculés. La conjonction de la manne financière française (histoire qu’ils se bouchent les oreilles quand ça pétait à Mururoa) et de l’expansion du mode de vie occidental à la recherche de nouveaux marchés a révolutionné la société en l’espace de peut être deux générations, trois maximum. Ici la très fameuse « mondialisation » fut survoltée… Eh doucement, je ne critique pas, peut être est-ce une chance pour eux, cela dépend ce qu’ils en font. Ici comme précédemment en Croatie, je m’attache énormément aux gens que je rencontre, plus que je ne l’aurais cru, donc n’y voyez pas de critique. Mais j’apprécie d’autant plus les gens que je comprends d’où ils viennent et ce qui les a fait tels qu’ils m’apparaissent, en toute subjectivité bien entendu.  

Ici, sur cette île, j’aime la façon dont les gens s’accommodent de leur environnement pour le moins peu hostile. L’idée est de se fixer deux ou trois objectifs par jour. Je caricature : sortir le bateau si le vent se lève, repeindre un bungalow, aller jouer au volley. Quand le congélateur est vide, passer une journée à la chasse sous marine pour le remplir à nouveau. Parfois, il faut faire « du gros », genre construire une maison, là c’est deux mois de boulot à fond… Normal. Mais la motivation est évidente. Il est agréable de retrouver des conditions où les actions sont dictées par des besoins et non pas dans une fuite en avant incessante à posséder toujours plus et plus. A noter que je pense de plus en plus, et même dans les atolls reculés, la tendance est d’évoluer de plus en plus vers la capitalisation et les signes ostensibles de réussite qu'une cloture circulaire vient "protéger"... 

Bref... A mon avis j'ai dû m'arrêter là pour profiter de la suite. Dommage ce n'était pas forcément inintéressant, mais peut être que dans le contexte, ces considérations étaient elles superflues? On ne saura jamais.

Autres articles sur Tikehau :
Plongée avec les requins
Second séjour à Tikehau
Premier séjour aux Tuamotu



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Published by tiwen - dans Polynésie
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commentaires

Christine 11/01/2006 18:22

Je ne peux pas te répondre ... je n'ai pas fait "ma curieuse" encore !!! Je ne sais pas pourquoi je me suis arrêtée sur cet article ... peut-être l'instinct !!!Je te pique une photo que je mettrai en miniature pour le lien ... !A bientôt !

tiwen 10/01/2006 20:40

Ah oui, j'oubliais, merci...Mais est ce à dire que à jeûn c'est bien moins bon?!?

tiwen 10/01/2006 20:38

>> No problemo.Malheureusement le muscadet n'est plus de saison, perte d'entraînement...N'ayons pas peur, allez hop. Du bonheur pour tou'l monde!!

Christine 10/01/2006 13:08

J'ai trouvé ton adresse sur le forum ... le hasard fait trop bien les choses !!J'ai bu cet article lentement ... que dis-je ... je l'ai savouré !!J'ai tout aimé, ton regard, ton analyse, ton vocabulaire et le respect ... tu devrais boire du muscadet plus souvent !!!!... d'ailleurs je crois que je vais m'y mettre (au muscadet) peut-être arriverai-je à sortir quelque chose de mes tripes !!Permets-moi de mettre un lien vers ton site sur mon blog ... s'il te plaït !!Je te souhaite beaucoup de bonheur pour cette nouvelle année ... sincèrement !

Yahoo 26/11/2005 15:53

Espion, imposteur, ou acteur... non! juste un ovni discret et amusé :)
Quelle aventure!...

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