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13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 00:00
 Île de Paques: Matato'a "te pito o te fenua"



Un petit retour sur mon second (et dernier ?!?) séjour sur l’atoll de Tikehau… J’ai ajouté des photos à l’album Polynésie-Tikehau (à la fin, marquées par l’étiquette Zxx_).

Encore une fois des souvenirs inoubliables, de ce bout de monde au bout du monde justement. Départ en Goélette de Papeete, ce sont les bateaux hebdomadaires qui livrent le ravitaillement. Le plaisir de prendre le temps d’y arriver aux Tuams, tranquillement. Le plaisir aussi de rencontrer d‘autres gens. Une famille de Manihi, la Grand-mère, la mère et les deux filles. Joan, un tahitien sympa qui ne s’était pas tout à fait remis des deux semaines de bringue passées dans sa ville avant de retourner sur l’atoll pour six mois non stop bosser dans une ferme perlière. Un mec bien space, des pires quartiers de Papeete, il n’a pas eu une vie facile et il en porte les traces de coutures, dur à comprendre car il ne parlait pratiquement que par sons et intonations non articulées accompagnées de grands gestes. Mais qu’est ce qu’on s’est marré, train où bateau c’est pareil, ça permet de rencontrer des personnes alors que dans la vie réelle ce serait impossible. Un petit frani et des mecs comme ça à papeete, à part pour du business, il n’y a pas de raison. Mais là il y a le temps de se raconter la vie, d’apprécier les expériences, de rêver un peu et de raconter des tas de conneries pour se marrer un peu plus parce qu’on a le temps et que les tahitiens sont vachement sympas. Les anciennes avaient fait de nombreuses prières la veille, alors la mer était belle pendant toute la durée du trajet. En bon méditerranéen, je ne me rends pas compte, mais ici en plein pacifique, notre petit Dory ferait bien frêle esquif dans une grosse houle. Les Pomautus, qui pour la plupart ne sortent pas du lagon (hormis les pêcheurs) craignent vraiment la mer, il faut dire que les accidents sont nombreux, et qu'en cas de cyclone, il lui arrive de submerger complètement les atolls, les gens se réfugiant dans les cocotiers pendant des jours. Nous laissions les anciennes dans le containeur cabine et nous installions sur le pont pour un beau coucher de soleil et la nuit à la belle étoile. On me prêtait un pehoue (natte), on avait la musique, des provisions diverses et variées pour tenir toute la nuit en route pour les Tuams. J’adore vraiment être en mer, ça faisait longtemps, depuis les derniers convoyages de voiliers en 2003 que je ne n’avais plus ressenti cette sensation d’être un petit point au milieu de l’Océan (les transferts Corse continent en ferry ne procurent pas cette sensation !). Alors après avoir fait un peu la fête sur le pont, et quand tout le monde dort, ça laisse assez de temps pour penser à des tas de bonnes choses et bien apprécier le privilège que j’ai d’être là à ce moment. Je le reconnais, c’est beaucoup de chance.

Au matin on est en vue de la passe et là c’est bizarre mais j’étais tout joyeux. Etant déjà venu, je pensais perdre l’effet de surprise, mais se retrouver là, revoir les cocotiers posés sur l’eau (c’est tout ce qu’on voit d’un atoll au début), ça colle un sourire à se mordre les oreilles. « Ti e hau » ou « venir et [trouver la] paix », c’est vrai que les Tuamotu sont magiques, le cadre mais aussi le rythme, les gens, l’impression je crois la plus forte est de ne plus se sentir obligé à aucune contrainte du monde réel. Les couleurs du lagon participent à l’émerveillement. Je me fais inviter à Manihi, puis je débarque retrouver les quelques personnes que je connais pour préparer le changement de place de la manip et revérifier que tout le monde est bien d’accord. Ensuite, nouveau timing. Travail un peu le matin, puis profiter de Tikehau et enfin la nuit, suivre le comportement du condenseur de 19h à 2-3h afin de vérifier que les hypothèses qui me ramènent ici sont bonnes. J’en ai passé des nuits, à faire le tour du motu, à somnoler côté récif ou sur une plage magnifique entre deux inspections à la manip. Le plus bel atoll du monde pour moi tout seul quand les gens dorment… A partager tout de même avec les chiens « errants » ou surnuméraires du village qui n’ont pas de maîtres. De nuit ils coursent les vélos et il faut toujours se balader avec une trique pour leur balancer des grands coups dans le museau, ça les décourage. Par deux fois quand même j’ai vraiment eu le speed car je sentais la gueule tout près du mollet, surtout quand on est seul dans une cocoteraie à deux heures du mat, c’est pas trop rassurant. Par chance tout est plat ce qui permet de bonnes accélérations. Pour les jeunes, c’est le sport extrême local, à celui qui ira le plus prêt des crocs…

En parlant de crocs, je vais m’étendre un peu sur ce qui est pour moi une grande expérience en tant que plongeur débutant… Les Tuamotu sont le spot le plus connu  au monde pour... le gros (requin, Manta, dauphins…), à Rangiroa notamment il n’est pas rare de tomber sur des tigres ou des marteau !! Tikehau, c’est une des eaux les plus poissonneuse du monde et un nid à requins. Si vous allez à Moorea ou Bora, on vous mettra dans une péniche à touriste, on vous déposera sur un banc de sable et on donnera à manger aux requins et aux raies pour qu’ils viennent dans vos pattes… J’ai eu la chance dans mon cas que Dan et J. Paul m’amènent à la chasse lors de mon premier séjour en juin. J’étais tout seul en snorkelling sur une patate de corail et c’est là que je suis tombé par hasard sur un petit pointe noire (requin de lagon, 1m et plus). Curieux, je m’approche un peu car il est loin, et là un deuxième plus costaud et aussi curieux que moi apparait, viens vers moi et franchis la barrière psychologique des 5m de distance… Comme je ne suis pas spécialiste de psychologie animale, demi tour et palmage énergique jusqu’au bateau… Il était bien loin tout à coup, le bateau. C’était une première rencontre dans des conditions idéales.

J’avais ensuite fait une plongée avec le Manta club au « trou aux requins » sur le récif externe. Je pense que ça restera mon plus grand souvenir de plongée pour de nombreuses années. La plongée se fait le long du tombant de corail qui a une forme d’entonnoir à cet endroit au dessus du Bleu… On ne les voit pas mais au fond, vers 100m il y a plus d’une centaine de requins gris de mer. A cet endroit, on est dans un nuage de poissons de toutes sortes qui « broutent » et se nourrissent à la surface du corail. Par endroit on ne voit plus le récif tellement il y en a. Pour ne pas se gêner ils créent des circulations. Certains couloirs montent, d’autres descendent, puis les couches de prédateurs se superposent… J’espère vous joindre des photos à l’occasion. C’était merveilleux. Là, 4 ou 5 gris (vers 2m et fins, taillés pour la course) intrigués par la présence des plongeurs remontent du fond et viennent voir, sans feeding (nourrissage). Très impressionnant, ils ont l’air bien sauvages et ne sont pas habitués aux plongeurs, alors ils s’approchent ente 5 et 3m puis accélèrent pour s’écarter… ou alors ils longent la palanquée en te fixant avec leur œil blanc, c’est vraiment beau. Mais la présence du groupe rassure énormément, on ne se pose plus la question de connaître le comportement du requin, le moniteur maîtrise, et de toute façon ils n’aiment que le poisson. A moins de confondre (apparence de tortue pour les surfeurs, poissons accrochés à la taille pour les chasseurs ignorants…) il ne peut rien arriver. En plongée, on est invité par le milieu aquatique  à profiter du spectacle et de l’apesanteur. Mais cela peut vite devenir un dû gagné par les performances des détendeurs, stabs et autres innovations qui permettent à un petit débutant comme moi de se faire assez vite plaisir en toute sécurité. Devant cette faune, la plus grosse sensation est de ressentir le privilège d’être toléré dans ce milieu qui n'est pas le notre. Les requins nous tolèrent donc on profite, sinon on ne serait pas là.

Deux mois après, en août, je replonge cette fois dans la passe. Tout se passe bien, je suis frôlé dans le dos par un énorme napoléon de près d’un mètre de long. Dans la passe, deux pointes blanches (requins de récif, le plus gros dépassait 2.5m) sont tapis au fond pour s’oxygéner dans le courant. Je m’absorbe dans la contemplation du ban compact de carangues qui nous survole le courant m’éloigne un peu de la palanquée. Ces deux requins qui vivent dans la passe voient des plongeurs tous les jours, et s’énervent de l’odeur de poisson que l'encadrant donne aux carangues. A ce moment là le plus gros des deux vient droit sur moi à hauteur du visage, l’air nerveux. La peur n’existe pas vraiment sous l’eau, on peut être stressé par sa respiration, son masque, la narcose, l’eau tout autour. Mais la faune, c’est juste un spectacle merveilleux qu’on a sous les yeux, on ne ressent pas le danger, c’est irréel, comme en rêve. Donc pas de peur, deux secondes pour se dire « c’est normal ça ?!? » et le requin plus grand que moi se retrouve avec la gueule à moins d’un mètre de mes yeux… Elle doit bien faire 40cm de large (du moins dans mon souvenir), peut être seulement trente, ça fait un petit trait horizontal sur son museau aussi blanc que son ventre. Et en une demi seconde il tourne à angle droit pour continuer de faire connaissance avec le reste du groupe. C’est aussi un grand moment que je n’oublierai pas. Je réintègre dare dare la palanquée, je retiendrai aussi l’image du moniteur, à 4m de nous, sous le ban de carangues, nous sommes tous dans un nuages de poissons et les deux « silver tap » nous tournent autour… Je baisse la tête, l’un deux déboule juste sous mon tibia… Apparemment c’est normal, on se connaît désormais. J’ai quand même flingué ma 12 litres en 45 minutes. Je remonte seul, les autres ont encore plus de 15 min d’air. Les allemands du groupe m’enverront les photos. Mais j’ai déjà tout dans la tête…

Voilà, c’était à faire une fois, pour le reste je continue mes veilles, et le soir je vais voir les Mantas au quai. Dans l’après midi j’en ai vu une faire un demi salto arrière devant la plage, donc elles sont de retour. J’ai pris masque et palmes, j’ai foncé, mais ça ne l’intéressait pas de voir un frani en short ce jour là… Alors le soir à la lumière des lampadaires qui attirent le plancton, elles viennent tourner au ras du quai pendant des heures. Ce soir elles sont deux, environ deux à trois mètres d’envergure (sur celles de Tikehau, une fait près de six mètres !!). C’est magnifique, l’attente est longue au début puis je discute avec quelques types qui traînent là, quand tout à coup elle apparaît, une forme sombre, très lente qui s’approche. C’est magique, rien à voir avec un poisson, c’est le plus grand papillon qu’il m’ait été donné de voir. Toute calme, elle tourne en surface, son aile traîne hors de l’eau, elle nage un moment su le dos, elle est alors toute blanche… C’est réellement fascinant.

Il n’y a pas que les mantas sur le quai. Le soir c’est le spot où tout le monde se retrouve chacun dans son groupe. Les jeunes autour d’une bagnole qui fait du son ou autour d’un banjo, les plus anciens discutent tranquilles. Certains pêchent (du riz, des cocos et du fil de pêche suffisent pour survivre ici, comme le fait cette vieille dame qui n’a pas de retraite). C’est là que le deuxième séjour s’apprécie. En juin, je connaissais du monde, mais pour les autres j’étais de fait un touriste, un peu atypique mais non moins un touriste. Cette fois c’est différent. Les gens m’ont déjà vu. Le fait de revoir mon visage ça pose des questions. A Tikehau, quelqu’un qui se pose une question, il vient te voir et te demande, les jeunes les vieux… Ca fait des heures à discuter en attendant de retourner au condenseur. C’est là que c’est dur… Cette scène se répète les trois derniers jours avant mon départ… Touriste ou pas touriste, je ne suis que de passage, mais on voudrait toujours profiter un peu plus. S’il n’avait pas plu trois jours ou si j’avais eu une semaine de plus, j’aurais proposé d’aller filer un coup de main pour faire le coprah comme j’en avais l’idée. Ici c’est très comparable à une campagne perdue en France ou à ce que j’ai connu en Croatie. Travailler ensemble c’est le meilleur moyen de tomber les dernières distances. En Croatie, j’avais eu le temps de filler un ou deux coups de main bien physiques comme ça, et c’est évident qu’après les rapports sont différents. Ici tout va pour le mieux, on déconne tranquilles, mais parfois si je parle sérieusement du projet rosée à nouveau certains vont me vouvoyer par réflexe… Dommage.

Quelle chance d’être venu ici, d’avoir rencontré tous ces gens et d’avoir pu quelque temps profiter de cette atmosphère… C’est mon premier grand voyage c’est donc aussi le premier endroit que je laisse avec la quasi certitude de ne jamais y revenir, c’est certainement aussi ce qui me rend si « fleur bleue », vous avez pu vous en rendre compte si vous êtes arrivés jusque là. Le travail de rédaction m’attend à Tahiti, ce n’est pas la seule raison qui me rend si mélancolique de reprendre l’avion demain. Même ici la paix n’existe pas, l’atoll est vivant et les histoires ou anecdotes locales ne manquent pas de saveur, par contre, je me sens protégé de tout ce qui m’agresse ailleurs. Un bon ami qui a fait un convoyage transatlantique disait à peu près ceci après cette expérience qui est quand même assez intense pour une première : « En fait ce qu’on ressent, ce n’est pas ce qui manque, on est ailleurs, rien ne manque. Ce qui est dur c’est d’être de nouveau confronté au retour à ce que l’on ne veut plus retrouver ». Dans un registre un peu différent, c’est exactement ce que j’ai ressenti à mon retour sur Tahiti… Et ce qui m’a valu un vieux p’tit blues… Je ne me plains pas, j’explique !! Evidemment celui qui me lit de Beauvais (Salut Karim :-)) comprendra mal le coup de déprime qu’on ressent à l’atterrissage à Tahiti. Mais c’est qu’il n’est jamais allé à Tikehau… Bien loin, un peu insomniaque de cœur et par nécessité, ça permet de voir sa petite vie un peu différemment, à distance, pendant les longues nuits des Tuam’s. L’esprit ailleurs, j’ai pensé... Un peu le genre de chose qui n'arrive que dans des conditions extraordinaires.

 
Loin des certitudes
pourquoi ne pas
Admettre que
Peut être
Est la mesure
De mes envies…
 


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Published by tiwen - dans Polynésie
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commentaires

tiwen 27/09/2005 09:02

Ahhh, le spot... C'est le Lieu, mais ici on dit le spot... Ce qu'on connait du spot c'est pour plancher, surfer. Mais ici c'est le spot pour boire un verre, pour le coucher de soleil ou pour y être.

ArD 27/09/2005 03:17

grand MERCI à tOi 'tiwen' ... grace à tOi je vOyage et en plus je m'instruis... sans 2nd degré... mais :
c'est quOi au juste un 'spOt' ?

à bientOt... ;)

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